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Les écarts, expliqués

Nous croisons les chiffres officiels (MMG, ITIE) et les prix de marché (IndexMundi). Quand ils divergent, nous documentons l'écart, nous le datons — et nous l'expliquons : hypothèses sourcées, chaînons manquants affichés, aucun chiffre inventé.

● Officiel — MMG N°30Mis à jour le 31/10/2026
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01 La méthode — expliquer sans inventer

  • Constat : chaque écart est daté et sourcé (MMG, ITIE, IndexMundi).
  • Hypothèses explicites : chaque cause avancée est étiquetée « hypothèse », jamais présentée comme un fait.
  • Vérifications : quand une source permet de trancher, elle est citée.
  • Chaînons manquants : ce qu'on ne peut pas vérifier est affiché comme tel.
  • Conclusion : ce qu'on sait, ce qu'on ne sait pas, où vérifier.
Cette page applique la charte du site : aucun chiffre inventé. Analyser un écart, ce n'est pas l'inventer — c'est le documenter et le questionner.

02 Fiche n°1 — L'or de SMD vendu à 706 $/oz

Le constat : prix moyen de vente 2025 de SMD : 706 $/once, contre une moyenne toutes filières de 2 905,80 $/oz (MMG N°30, Tableau 36) — soit 24 % de la moyenne, et ~14,5 % du prix de marché (~4 855 $/oz, IndexMundi, mars 2026). [calculs propres sur chiffres sourcés]

Le contexte : SMD (Société Minière de Dinguiraye) est la filiale guinéenne de Nordgold, groupe minier russe (Le Monde, 13/10/2018 ; Guinéenews, 02/06/2022 ; Africa Intelligence, 17/04/2023). La Guinée a interdit l'exportation d'or brut (Mali Actu, 24/06/2026) et renforcé les contrôles (Africaguinee, 10/07/2026).

Hypothèses (étiquetées, à vérifier)

  • H1 — Prix de cession intra-groupe (transfer pricing) [hypothèse documentée] : une filiale qui vend à une entité liée à prix minoré déplace la marge hors de Guinée. Contexte : flux financiers illicites africains estimés à 90 Mds$/an (Le360, 21/12/2025). À vérifier : conventions SMD, conciliation ITIE.
  • H2 — Base de déclaration non marchande [hypothèse] : 706 $/oz ≈ 14-24 % du marché, trop bas pour de l'or affiné — la base déclarée (teneur, qualité, étape) pourrait expliquer une partie de l'écart. À vérifier : détail des déclarations SMD.
  • H3 — Sous-déclaration / fuite à l'export [hypothèse documentée par le contexte régional] : plus d'une tonne d'or quitte clandestinement l'Afrique chaque jour (Le360, 31/05/2024) ; en Guinée, l'or artisanal (68,8 % des exportations) n'est pas tracé par le MMG. À vérifier au cas SMD : données douanières BCRG.
  • H4 — Ventes résiduelles post-perturbation [hypothèse alternative] : SMD a suspendu sa production le 30/12/2023 (explosion du dépôt de carburant de Kaloum) et connu des tensions à Léro (RFI, 24/04/2024). À écarter ou confirmer avec les volumes 2025.

Ce qu'on sait / ce qu'on ne sait pas

  • On sait : le prix déclaré (MMG N°30), la moyenne, le prix de marché, l'actionnariat (Nordgold), le contexte régional de fuite de l'or.
  • On ne sait pas : à qui SMD vend (entité liée ou non), la base exacte du prix déclaré, le contenu de la convention SMD (Avenant n°3, promulgué par décret le 06/08/2018 — Guinéenews), le volume 2025 précis.
Où vérifier : convention de base SMD + Avenant n°3 · rapports de conciliation ITIE · données douanières/BCRG · rapports du groupe Nordgold. Conclusion honnête : 3 hypothèses restent ouvertes.

03 Fiche n°2 — CBG en « N/A (convention) » : CBG ne paie-t-elle rien ?

Le constat : CBG représente 10 % de la production de bauxite 2025 (~17,5 Mt sur 175,45 Mt — MMG N°30, parts par société) [calcul propre], vend au meilleur prix du secteur (39,59 $/t, MMG N°30, Tableau 35) — et figure « N/A (convention) » dans la taxe minière 2025, zéro sur la ligne (MMG N°30, Tableau 29), quand SMB (37 % de la production) paie 2 411,2 Mds GNF.

Le contexte : CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée) exploite le gisement de Sangarédi (Boké) depuis 1963 (Wikipédia FR/EN) — plus de six décennies. C'est une joint venture entre l'État guinéen et un consortium étranger (HALCO). DG : Karifa Condé, aussi président de la Chambre des Mines (Guinéenews, 30/06/2025). Le contexte est chaud : renégociation des conventions minières — GAC résiliée (Guinee7, 09/07/2025), accords amiables Guinée-EGA (Agence Ecofin, 06/05/2026).

Ce qu'on sait de ses paiements

  • « La CBG a payé plus de 470 millions USD d'impôts nets en 5 ans » (Guinee7, 01/03/2021 — période antérieure à 2025).
  • En février 2026, la CBG a accueilli l'ITIE pour la présentation des rapports de conciliation 2022 et 2023 (Guinéenews, 02/02/2026) — ses paiements y sont documentés.

Hypothèses (étiquetées, à vérifier)

  • H1 — Régime conventionnel dérogatoire [hypothèse documentée] : la convention d'établissement de CBG (1963 + avenants) prévoit un régime fiscal propre, différent de la taxe minière standard du code minier révisé. Sources : statut « N/A (convention) » (MMG), « six décennies de bonnes relations d'affaires et d'avantages économiques » (Guinéenews, 03/11/2023).
  • H2 — Écart de traitement entre opérateurs [hypothèse] : les nouveaux entrants (SMB, CHALCO) paient la taxe minière standard ; CBG, entrée en 1963, conserve son régime. La renégociation des conventions (GAC résiliée 2025, accords EGA 2026) suggère que l'État cherche à harmoniser.
⚠️ Correction importante : « CBG ne paie rien » serait FAUX. Les 470 M$ d'impôts nets sur 5 ans (Guinee7, 2021) le prouvent. L'absence de la ligne « taxe minière » signifie un régime différent, pas une absence de paiement.

Ce qu'on sait / ce qu'on ne sait pas

  • On sait : la part de production (10 %), le prix (39,59 $/t), l'absence de la ligne taxe minière 2025, l'ancienneté (1963), des paiements documentés (470 M$/5 ans).
  • On ne sait pas : les termes exacts de la convention (non publique) — chaînon manquant ; ce que CBG a payé en 2025 toutes taxes confondues ; le comparatif exact régime conventionnel vs régime standard.
Où vérifier : rapports de conciliation ITIE 2022-2023 (présentés à la CBG en février 2026) · convention CBG + avenants (publication à demander via l'ITIE ou la Chambre des Mines) · déclarations du Ministère des Mines sur le prix de référence (Guinee7, 18/08/2022). Conclusion honnête : régime dérogatoire probable, non quantifiable avec les données publiques actuelles.

04 Fiche n°3 — Le prix de référence MMG vs le marché : l'écart se réduit-il ?

Le constat : en 2025, les prix officiels de vente de la bauxite guinéenne vont de 21,77 $/t (Ashapura Boffa) à 39,59 $/t (CBG), moyenne 30,72 $/t (MMG N°30, Tableau 35). Le barème complet par société est documenté sur la page dédiée → Le MMG applique depuis 2024-2025 un prix de référence officiel qui rapproche les déclarations des opérateurs des prix du marché international.

Le contexte 2026 change la donne : la tonne de bauxite vaut déjà moins que la tonne de cacao (Africaguinee, 31/12/2023) — et les cours mondiaux s'effondrent sous l'excès d'offre (Fastmarkets, 11/03/2026). La Guinée réagit en trois temps : restrictions d'exportation pour stabiliser les prix (Reuters, 18/03/2026 ; Briefs Finance, 26/05/2026), plan de soutien des cours (Agence Ecofin, 19/03/2026), et préparation du GBX, un indice bauxite guinéen (Guinéenews, 10/04/2026).

La question : l'écart se réduit-il ?

  • Ce qu'on peut mesurer : la fourchette des prix officiels 2025 (21,77-39,59 $/t) et le mécanisme du prix de référence, porté par le fiscaliste Yakouba Kourouma (Guinee7, 18/08/2022 ; 13/02/2026).
  • Ce qu'on ne peut pas encore mesurer : l'écart précis entre l'officiel et le marché — les indices bauxite de référence (Fastmarkets, SMM) sont payants [chaînon manquant], et les prix officiels 2024 (bulletin N°29) n'ont pas encore été extraits pour mesurer la convergence 2024 → 2025.

Hypothèses (étiquetées, à vérifier)

  • H1 — Le prix de référence resserre l'écart de déclaration [hypothèse documentée] : le mécanisme vise explicitement à rapprocher les opérateurs des prix internationaux (page Prix du site ; Guinee7, 2022/2026). La convergence exacte 2024 → 2025 reste à chiffrer avec le bulletin N°29.
  • H2 — La chute du marché 2026 inverse la dynamique [hypothèse] : l'excès d'offre fait plonger les cours (Fastmarkets, 11/03/2026) ; sans action, l'écart se réduirait par le bas — c'est pourquoi la Guinée restreint l'export (Reuters, 18/03/2026) pour soutenir les prix.
  • H3 — Le GBX institutionnalise le prix guinéen [signal] : l'indice en préparation (Guinéenews, 10/04/2026) va au-delà du prix de référence : la Guinée veut peser sur les cours mondiaux (RFI, 20/03/2026).
Conclusion honnête : l'écart officiel-marché n'est pas encore quantifiable avec les données publiques (indices payants, bulletin N°29 non extrait). Mais la dynamique 2026 est claire : le marché chute, et la Guinée (prix de référence + restrictions + GBX) tente de soutenir les prix — l'écart se joue désormais par l'action de l'État, plus seulement par les déclarations des opérateurs.

05 Fiche n°4 — L'or artisanal non tracé : que vaut l'invisible ?

Le constat : 49 609 kg d'or artisanal exportés en 2025, soit 68,8 % des exportations d'or (72 120 kg au total — MMG N°30). Et pourtant : la production artisanale elle-même n'est pas tracée par le MMG (case « - » dans le bulletin).

Ce que vaut l'invisible [calculs propres sur chiffres sourcés]

  • 49,6 t × 32 150,7 oz/t ≈ 1,6 million d'onces exportées en 2025.
  • Au prix officiel moyen 2025 (2 905,80 $/oz, MMG N°30) : ~4,6 Mds$.
  • Au prix de marché (~4 855 $/oz, IndexMundi, mars 2026) : ~7,7 Mds$.
  • Écart de valorisation : ~3,1 Mds$ — c'est l'enjeu économique de la non-traçabilité.
  • À comparer : 4,6 à 7,7 Mds$ ≈ 9 à 15 fois les taxes minières 2025 (~508 M$).

Le contexte 2026 change la donne : le président Doumbouya interdit l'exportation d'or brut par décret (RFI, 23/06/2026 ; tv5monde, 21/06/2026 ; Guinee114, 04/07/2026) et annonce une raffinerie (Agenzia Nova, 22/06/2026). « L'or artisanal, l'autre chantier de la Guinée pour ses ambitions de raffinage local » (Agence Ecofin, 30/06/2026).

Hypothèses (étiquetées, à vérifier)

  • H1 — La valeur réelle des flux dépasse les déclarations [hypothèse documentée par le contexte] : l'Afrique perd ~30 Mds$ par an en exportations d'or non déclarées (Business Insider Africa, 13/07/2026) ; SWISSAID a cartographié ces flux (swissinfo, 30/05/2024) ; en Guinée, la production artisanale n'est pas tracée par construction (MMG N°30).
  • H2 — La base fiscale de l'or est incomplète [mécanisme] : or non tracé = pas de prix unitaire vérifiable = pas d'assiette fiable pour la fiscalisation. L'écart de valorisation (4,6 vs 7,7 Mds$) représente la marge de fiscalisation potentielle.
  • H3 — L'interdiction d'export d'or brut (2026) vise à capter cette valeur [signal] : décret de juin-juillet 2026 + raffinerie annoncée (RFI, Agenzia Nova) — l'écart se jouera désormais sur la traçabilité nouvelle de la filière.

Ce qu'on sait / ce qu'on ne sait pas

  • On sait : les volumes exportés (49,6 t), la part (68,8 %), les prix moyens et de marché, le contexte réglementaire 2026.
  • On ne sait pas : la production réelle non tracée, la valeur exacte des flux non déclarés, ce que l'État perçoit réellement sur l'or artisanal — la BCRG a d'ailleurs été auditionnée dans un scandale lié à l'or (Financial Afrik, 21/01/2025).
Où vérifier : cartographie SWISSAID des flux d'or africains (2024) · rapports ITIE (traçabilité) · décret de juillet 2026 (Guinee114) · suivi de la raffinerie annoncée · données BCRG. Conclusion honnête : l'invisible vaut ~4,6 à 7,7 Mds$ selon la base de prix [calculs propres] — le plus gros enjeu fiscal du secteur, et le moins tracé.

06 Prochaines fiches en préparation

  • Fiche n°5 : la fourchette des prix de vente 2025 (21,77 vs 39,59 $/t) — pourquoi un tel écart entre sociétés ?